[Intro] [Le piano répète trois notes sèches, comme un mécanisme incapable d’avancer.] [Verse 1] La porte de chez moi résiste dans son cadre, L’air sent le linge froid, la poussière et le plâtre. Je n’allume qu’une lampe au-dessus du buffet, La pièce paraît plus grande depuis que tu es partie. Sur le mur, l’horloge indique minuit sept, Le balancier immobile a suspendu son geste. J’avais promis cent fois de changer le ressort, Comme j’avais promis mieux avant que tu sortes. [Chorus] L’horloge arrêtée ne retarde pas le temps, Elle ment seulement mieux à celui qui l’attend. L’horloge arrêtée reste à minuit passé, Mais dehors chaque seconde continue d’avancer. J’ai cru rester fidèle en ne bougeant jamais, Je n’étais pas fidèle — j’étais paralysé. [Verse 2] Dans l’évier, un verre porte une trace de rouge, Sur le dossier d’une chaise, aucun vêtement ne bouge. Ton vieux livre est parti, ton cadre aussi, je crois, Mais j’avais réinventé leur présence cent fois. Je prends l’horloge en main, son bois est tiède et lourd, Derrière, une pile morte depuis plusieurs jours. Il suffirait d’un geste, d’un objet remplacé, Mais je reste incapable de la faire avancer. [Chorus] L’horloge arrêtée ne retarde pas le temps, Elle ment seulement mieux à celui qui l’attend. L’horloge arrêtée reste à minuit passé, Mais dehors chaque seconde continue d’avancer. J’ai cru rester fidèle en ne bougeant jamais, Je n’étais pas fidèle — j’étais paralysé. [Bridge] Et si toute cette marche n’était qu’un décor, Une manière élégante de t’attendre encore ? Et si mon beau chagrin, mes quais, mes mots parfaits, Cachaient l’homme immobile que tu avais quitté ? [Break] [Le piano s’interrompt complètement pendant une mesure entière.] Je pose la lettre. Je regarde la chaise. Je pourrais t’appeler. Je connais encore le numéro. [Final Chorus] L’horloge arrêtée ne retardera plus rien, Ni ta nouvelle vie, ni le cours de la mienne. L’horloge arrêtée reste à minuit passé, Je change enfin la pile — sans rien ressusciter. L’aiguille fait un pas, puis un autre après lui, Un bruit presque banal traverse l’appartement gris. [Reprise] J’éteins la lampe, la lettre sous le bras, L’horloge avance seule — je dois suivre ses pas. [Outro] Minuit huit. Minuit neuf. Un mécanisme reprend. Je referme doucement.